Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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SONIA DELAUNAY (1885-1979)

Enfin une très belle exposition (1) consacrée à une femme peintre ! Lors d’un entretient avec Pierre Dumayet, malicieuse, elle suggérait que le nombre de peintres n9EpoKo9JaQJ4NbkVbS9dX2O9GQ.jpghommes ne s’ajustait pas obligatoirement à la qualité, les femmes étant très consciencieuses ! L’extraordinaire longévité de Sonia Delaunay nous offre quelques passionnants entretiens…

Enfance à Saint-Pétersbourg chez son oncle maternel, grand bourgeois esthète ; 1904 beaux-arts à Karlsruhe puis en 1906 elle se fixe à Paris pour continuer ses études… et voyager ! D’abord elle peint en Fauve comme Van Gogh ou Derain, plus l’influence de l’expressionnisme allemand : "Finlandaises", aplats fougueux respirant la vie paysanne. Sonia insuffle une sorte d’énergie animale à travers la prodigalité de sa couleur, envolée de ses origines russes. Le "Nu jaune" exemplaire, la dévoyée en stéréotype: des bas noirs, jaillit la splendeur de teintes novatrices, drues et troublantes ; touche primitiviste où s’entremêle une opposition de pigments01-300x196px.jpg chauds et froids. Déjà son inventivité touche à tout magnifie les fils, le tissu ou le papier comme la toile du tableau. Là résidera l’audace singulière de sa personnalité.   

Lorsque SONIA TERK épouse ROBERT DELAUNAY (1885-1941) en 1910 le couple va vivre un amour fusionnel chevillé à la peinture. Autodidacte, Robert avait, pourtant, étudié le cercle chromatique de CHEVREUL (1839) et Sonia, elle, attisait le chatoiement multicolore : ce fut le Simultané abstrait (1912) :"L’art dit abstrait, le vrai, est plus difficile que l’art qui se réfère à l’apparence du réel, car il faut recréer un monde nouveau de toute pièce". En écho avec les avant-gardistes tels Braque et Matisse. Apollinaire, ami intime, offre un nom "l’orphisme", "langage lumineux" en concurrence avec la poésie, effigie d’Orphée ; décrivant "cette évolution lente et 9adelaunaysept062.jpglogique de l’impressionnisme, du pointillisme, de l’école du fauvisme et du cubisme". Mais chez les Delaunay il n’y a pas le grisâtre cubiste ! Étrange chemin vers l’abstraction en un temps de tâtonnements : fragmenter l’influx des photons en sphères solaires qui semblent s’intensifier. A l’inverse des constructivistes et futuristes, aucun le désir de  transformer les formes à travers l’art. Leur abstraction adopte la réalité entière pour l’environner de beauté et toucher l’œil de celui qui contemplera le tableau, "La couleur a une vie propre qui se modifie avec l’influence des autres couleurs agissant sur elle" Sonia dans Nous irons jusqu’au soleil, mémoires.

En 1914 Robert Delaunay est réformé à cause de son cœur. Voyage au Portugal et en Espagne. Sonia approfondira le jeu des cercles concentriques avec ses "Danseuses". L’entre-deux-guerres apporte la célébrité dans l’appartement de la rue Malesherbes, Fabrique Simultané. La verve créatrice de Sonia aiguillonnée par la commande d’un soyeux lyonnais (Elle avait déjà créé des décors et costumes pour Diaghilev) : rupture de la classification entre arts appliqués d’un côté, elle dessine des vêtements qui attirent les grands couturiers, des reliures, décoration, affiches, jusqu’aux carrosseries ; de l’autre une énorme production de gouaches ! "Tous ces travaux étaient créés pour les femmes et toujours avec une idée de construction par rapport au corps. Ce n'était pas des copies de tableaux transposés sur la femme comme l'ont fait d'autres couturiers avec Piet Mondrian ou les peintres de l’Op’art." Robert constate:"Elle créa ses harmonies, ses rythmes colorés dans la vie même… à la façon des poèmes de couleur. Elle ne copie pas l'ancien, elle invente, dans l'atmosphère,Robe-loi-des-contrastes.jpg dans la lumière.... C'est bien le rythme de la vie moderne, son prisme, son illumination, les couleurs de son fleuve". Tandis que leur logis accueille dans une ambiance frondeuse Tzara, Breton, Cendras, le musicien George Auric, Soupault et d’autres à toute heure ! Le négoce ne prospèrera guère, Sonia reconnait « J’étais capable d’être femme patron mais j’avais d’autres finalités dans la vie. Le milieu d’affaires m’a toujours inspiré horreur et dégoût ». Léon Blum requiert l'avant-garde à l'Exposition Internationale (1937). Il confie la décoration du Palais du Chemin de Fer et celui de l'Air à Robert et Sonia à condition qu'ils fassent travailler des peintres chômeurs. Entreprise gigantesque : peinture de 780m2 pour l'air, et une composition de 1.772m2 pour les chemins de fer… 1941, en pleine guerre Robert Delaunay meurt et Sonia, juive, survit à Grasse…

Avec le courage et l’élan vital qui la caractérise l’œuvre de Sonia redevient luxuriante et s’avèrera l’un des pilotes essentiels entre les précurseurs abstraits et les novices. Les immenses gouaches, au répertoire discursif, servent d’expérience et n’en sont pas moins exposées. La couleur AvionSonia.jpgbâtit et tonifie toujours ses compositions l’utilisant pour rechercher des combinaisons de formes qui pourront être ensuite exploités sur d’autres supports démultipliant ses créations : estampes, lithographies, sérigraphies, bijoux (broches en émaux cloisonnés), tapis et foulards en série limitées qui la propulsent, comme Picasso et Dali, dans le grand public. Ses structures géométriques et ludiques aux tons allègres enchantent tout le monde – elle s’introduit partout. Ainsi s’accomplit son génie : assez limpide pour toutes les classes de la société. Vieille dame indigne, non conformiste, que tout passionne, dont la gaité semble avoir été entretenue par sa vocation pour la couleur laquelle modère également son caractère impérieux et tellement déterminé ! Elle écrivait en 1978 : "je ne sais pas définir ma peinture. Ce n'est pas un mal, car je me méfie des classifications et des systèmes. Comment et pourquoi définir ce qu'on a sorti avec ses tripes ?". [Elle s’amuse d’une discussion avec Jacques Dutronc tandis que Françoise Hardy chante vêtue d’une de ses trouvailles]. Parallèlement, elle n’a de cesse de rendre hommage à la position de Robert. Cependant,"…on me dit que je ne sais pas manœuvrer, que je devrais faire des expositions partout comme le fait Madame Kandinsky… Mais l'œuvre de Robert est très388x.jpg restreinte. J'ai peu de tableaux. Il faut commencer par une rétrospective qui pourra aller ailleurs après". Un critique remarquera :«Toujours à côté de lui pour le soutenir…elle est peintre aussi, et à certains moments, elle put même paraître en avance sur lui... En 1914, elle acheva une très grande peinture : Rythmes simultanés, que je tiens pour le chef-d'œuvre du genre et qui, exposé au Salon des réalités nouvelles en 1948, fut considéré par bien des visiteurs (je me compte parmi eux) comme la plus belle pièce des sept cents peintures abstraites qui étaient là». Il y aura diverses petites expositions, à la galerie Maeght en 1949 intitulée : Les premiers maîtres de l'art abstraitEn 1963, elle fait un don de 117 œuvres de Robert et d'elle-même au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris qui fera date : présentée au Louvre et inaugurées par André Malraux. Enfin, ce dernier offrira à Sonia une rétrospective de son vivant.

Anne-Flore Urielle

(1) Musée d’Art Moderne (Paris)


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