Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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LE FLAMENCO

[Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2011].

  "¡Ay !"plaintes du roi maure dépossédé de sa belle GRENADE Espagne.jpegreconquise par les Rois Catholiques espagnols, c’est le chant profond, Cante Hondo. D’abord la guitare. Le danseur tape dans ses mains pour ponctuer la musique :Ole!" Valiente, (vaillant castillan), rugit Vamos allà, clameur pour se transcender. Puis,le tercio de entrada, accélérations du guitariste intensifiées par les chœurs. Et le tercio grandeExhortation physique et métaphysique si puissante qu’il emporte une jeune fille,guitare.jpg elle se campe avec force sur ce théâtre, marquant un espace sibyllin. Ses bras voltigent au-dessus de sa tête et ses mains miment de mystérieux oiseaux, séraphins dissimulant les arcanes du flamenco. Le chanteur partage la transe, leurs piaffements hésitant entre ciel et terre… Héritage dans lequel s’entremêlent 3 cultures, arabe, juive et andalouse chrétienne. Plus ces touches gitanes indicibles grâce à la GUITARE offerte par les Arabes… [Il s’affirma au XVIIe et XVIIIe siècle, chez les déshérités sous forme de revendications]. En 1915, avec "Le Tricorne" (musique De Falla, chorégraphie Massime et le danseur espagnol Félix) DIAGHILEV allia la danse espagnole classique et le flamenco. Mais, Franco ayant besoin de devises, le tourisme des années 1950/60 vulgarisera et abîmera le flamenco en espagnolades ! Par chance, VINCENTE ESCUDERO (1885-1980) créa une expression et un maintien beaucoup plus pur :"Croire que le flamenco n’est qu’une affaire de tempérament et d’intuition est une erreur : à quoi bon lancer des coups de pied, se dépeigner, secouer ses jupes à tort et à travers, chasser les mouches avec les mains…Moins de farces, messieurs, l’art jondo est une chose très sérieuse !...Si on danse la Seguiriya, il faut le faire avec cœur, sans respirer, ou mieux, il faut que le cœur interdise que l’on respire : sous cette forme seulement je serais capable de danser dans un temple sans le profaner…". Comme tout le monde à cette époque il séjourna à Paris pour rejoindre les peintres espagnols et le milieu artistique…

Cette envolée vers une sorte de flamenco idéal va s’incarner chez CRISTINA HOYOS (qui commença à danser à 12 Gades.jpegans),"J’écoute la musique. Je crée les pas, les attitudes et c’est une tragédie. Dans le Flamenco il ne faut pas respecter la tradition. Le Flamenco est anarchie". Pierre Lartigue :"Son visage n’exprime que l’attention portée au pas, à la ligne du corps légèrement cambrée. Sa tête est animée de fines secousses et surtout ses mains montent avec délicatesse au dessus des cheveux. La plus part ne savent que détacher les doigts, tandis qu’elle semble cueillir on ne sait quoi au vol". Puis la révolution de la guitare avec PACO DE LUCIA dont on a beaucoup parlé cette année avec son décès. ANTONIO GADES (1936-2004) – à un an, son père fusillé, il survira ! "Si le Flamenco doit être exécuté avec une certaine spontanéité, cela n’implique nullement le relâchement, non plus l’improvisation. Observez les bons danseurs ! On est obligé de200385_compagnie-antonio-gades-noces-de-sang-suite-flamenca.jpg remarquer qu’ils savent parfaitement 2 ou 3 pas à partir de quoi ils bâtissent toute leur danse". Et CARLOS SAURA mettra en scène ces trois étoiles de façon inoubliable.

On retiendra "NOCES DE SANG" (1980) d’après Frederico Garcia Lorca dont il note :"J’aime ce que Gadès a fait du thème de Lorca. J’ai été fasciné par cette façon d’approcher une réalité à travers tout ce que l’œuvre peut avoir de lyrique, de littéraire. Le ballet est une transposition très sophistiquée…il y a une vérité presque documentaire dans la scène de la noce…Gadès ne voulait pas du tout une interprétation à l’andalouse avec des gitans et des murs blancs. Au contraire, il a éliminé le superflu et gardé, dans une tonalité plutôt castillane l’essence de ces choses qui ont une racine profonde et la force d’un mythe…Ils se tuent amoureusement (scène du duel)…Il faut voir comme ces gens-là transpirent !...La cérémonie culmine Carmen.jpgavec le duel. Gadès l’exécute au ralenti…Il y a en Espagne une tradition de lutte au couteau qui demeure… ".

Enfin, CARMEN (1983) dont ils signent ensemble le ballet et le film, (primé deux fois au Festival de Cannes). "L’histoire de Carmen, dit Saura, est l’histoire d’une obsession…Ici, seule la mort peut nous libérer du désir. C’est l’impossibilité de s’écarter du destin. Les dés sont jetés comme dans les contes orientaux. Il est curieux que ce personnage si représentatif de l’Espagne, que les hommes aiment jusqu’à lui donner leur vie, soit uneCarmen2.jpeg invention française…La danse est, ici, le personnage absolu et qui dit danse dit rythme, musique, mouvement. Notre intention a été de trouver dans nos racines, dans notre tempérament les éléments de cette Carmen et pour cela nous avons utilisé la danse et le chant flamenco, sans dédaigner pour autant la belle partition de Bizet qui, au contraire, nous a servi de contrepoint…L’art du flamenco est le seul qui puisse porter un récit…il peut dire la violence et s’accorder à la passion. Ajoutez qu’Antonio Gadès est le plus admirable directeur d’acteur-danseur que l’on puisse imaginer. Il trouve le geste tout de suite. Il reste à le copier, ce qui est parfois difficile. J’ai même envisagé un moment de lui demander de danser le rôle de Carmen tant les mouvements qu’il montrait aux danseurs étaient beaux". Gadès : "je n’ai pas percé d’un coup après un ballet triomphal. J’ai accumulé les expériences d’une longue carrière, mais il y a un abîme entre les dernières choses faites et notre Carmen, Carlos (Saura) n’a pas le complexe théâtral et je n’ai pas le complexe cinématographique. Chacun a pu intervenir avec une naïveté bénéfique dans le domaine de Carmen3.jpegl’autre…". C’est Montaigne et La Boétie ! Un échange qui déborde sur le domaine de la vie…

Nous conclurons avec ces commentaires de Pierre Lartigue lors de la présentation du ballet au Théâtre de Paris : "…Saura fait couper le micro afin de garder au son de la guitare sa nudité. Il faut mesurer le poids de chaque note. Il y a de la douceur dans le glissement de pas sur les planches. Le contraste et l’éclat viennent de la retenue, non de la dépense, et il faut un peu plus d’air entre ces corps au profil cambré, entre ces bras, entre ces hanches. Que le groupe respire !...Ils imposent à l’espace leur loi par vagues… La guitare égrène des notes légèrement : elle desserre la danse…Gadès avance et s’écarte comme un poulain devant Christina Hoyos. La musique de Bizet éclate quand Carmen redresse le menton. Elle tourne ajoutant son taconeado aux volutes musicales…. Ici le confluant de deux arts. La peur du cinéaste est de perdre l’intensité dramatique. Le frémissement de la vie peut déserter les images. Le souci de la ballerine est de pureté presque abstraite, avec la crainte que l’expressivité ne détruise l’harmonie des lignes. Gadès et Saura veulent dépasser ces contradictions, plonger le feu dans l’eau… Dès que la beauté se montre, il faut la déchirer".  

Anne-Flore Urielle

Cet article s’inspire du livre « ANTONIO GADÈS » / Le Flamenco (Albin Michel / L’Avant Scène)


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