Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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PAUL  RICŒUR 2

   Nous avons suivi notre Philosophe ralliant les suffrages parisiens tout en continuant ses cours aux États-Unis. La jonction s’effectue dans "Soi-même comme un autre", somme synthétique de ces orbites progressives Paul-Ricoeur.jpgde lectures qui fraye une voie entre un cogito transporté en dehors de ses dires et faits, et un cogito qui s’y anéantirait en liquidant la question du qui. L’armature reposant sur l’éthique, la norme morale et sagesse pratique. On en lira la résonance dans son superbe livre d’interprétations philosophiques du texte biblique, PENSER LA BIBLE (1998) que féconde "Amour et justice" (1990)."Nous sommes les bénéficiaires d’une sorte de mixte judéo-grec. Le couplage de l’élément judéo-chrétien et de l’élément grec (Socrate et Platon) est sans doute très important". Le Juste (voir la revue Esprit) qui coïncide avec cette soif d’éthique. Paul Ricœur va illuminer les dilemmes d’une époque dans laquelle il s’agit de choisir entre le gris et le gris – lui qui explore, dans la foi et l’espérance, une parole de justice qui ne refuse pas l’engagement. (Nouvelle Calédonie, sans-papiers, sang contaminé, foulard…). "Faut-il faire une distinction entre morale et éthique ?… C'est par convention que je réserverai le terme d'éthique pour la visée d'une vie accomplie sous le signe des actions estimées bonnes, et celui de morale marqué par des normes, des obligations, des interdictions caractérisées à la fois par une exigence d'universalité et par un effet de contrainte". Ricœur revient sur l’identité narrative à l’opposé de la tyrannie de la mémoire dans laquelle il discerne un repli identitaire, excluant l’altérité ainsi que la faculté d’inventer ensemble. Cette ligne citoyenne façonne "La mémoire,prodigue_rembrandt.jpg l’histoire, l’oubli", (2000): "Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire ­ et d’oubli. L’idée d’une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués"… [1986 mort de son fils et 1997 son épouse]. Dans le "Parcours de la reconnaissance", (2004), il reprend les divers niveaux de significations du mot reconnaissance. Débordant leurs frontières avant d’en explorer et méditer les contredits venant à ce que nous disons tous les jours. La reconnaissance du soi et de l’autre sous la tutelle d’une relation de réciprocité, jusqu’à la gratitude (l’un l’autre): "Nous avons vu dans le recevoir la charnière entre le donner et le rendre… C’est dans l’acte de recevoir et la gratitude qu’il suscite que cette double altérité est préservée".

 "Je ne suis pas un philosophe chrétien… Je suis, d’un côté, un philosophe tout court…Et, de l’autre, un chrétien d’expression philosophique, comme Rembrandt est un peintre tout court et un chrétien d’expression picturale et Bach un musicien tout court et un chrétien d’expression musicale… La conviction religieuse possède elle-même une dimension critique interne … alliage subtil de la conviction et de la critique". Toutefois ces certitudes raisonnables ne peuvent pas forcément être explicitées, justifiées, parce qu’elles sont ancrées dans notre conception du monde. Ricœur, qui est aussi exégète conçoit "un référent ‘Dieu’ qui n’est pas seulement l’index de l’appartenance mutuelle des formes originaires du discours de la foi, il est aussi celui de leur inachèvement". Expliquer plus c’est comprendre mieux. Mais pour qu’expliquer devienne comprendre, le lecteur d’aujourd’hui est appelé à réactualiser la confession de foi que professent les textes et "à s’identifier tour à tour en imagination et en sympathie, au soi confronté au Dieu qui bénit, qui console, sans jamais se fixer dans une posture assurée, fixe, définitive". Car "L’Écriture progresse avec ceux qui la lisent". Pareil constat pour « Dieu est amour » (Jean 4,8), Dieu qui renverse toutes nos définitions. Il fait plus qu’exister, il transcende nos conceptions d’amour.

La démarche de Ricœur, durant sa longue existence ne fut donc pas un ensemble ordonné de thèses développées de livres en livres, mais l’analyse méticuleuse de problèmes précis dont chacun dérive de l’autre. Chez lui, la volonté pose la question de la volonté mauvaise, donc du mal, puis de  l’inconscient, ce dernier ouvrant sur démarche générale du sens de l’interprétation, et ainsi de suite. Loin des feux médiatiques, ce penseur de l'action recherche à travers " le conflit des interprétations le passage étroit entre sagesse du compromis et amour du prochain: "Le philosophe se demandera comment il peut venir à la rencontre du point de vue naturaliste LeverSoleil.jpgà partir d’une position où l’homme est déjà un être parlant et surtout un être questionnant concernant l’établissement de normes morales, sociales, juridiques, politiques… Le philosophe herméneute partira de l’auto interprétation de sa situation intellectuelle, morale et spirituelle et remontera le cours de l’évolution à la rencontre des sources de la vie. Son point de départ avoué, c’est la question morale elle-même… ". Selon OLIVIER ABEL, (1) "Loin d’être superbement isolée, la pensée de Ricœur est accessible par toutes sortes d’entrées…Si le dernier mot de la justice reste à la sagesse, seule à la hauteur du tragique de nos histoires, le dernier mot de l’amour est à chercher dans ce qu’il appelle une poétique de l’amour". Et nous laisserons à Paul Ricœur une dernière adresse prophétique : "Une société où l’économique domine le politique (et dans l’économique, la compétition donc l’appétit du gain, ce qui est la définition même d’une économie de marché) est une société qui crée des inégalités insupportables… La lutte entre égos, c’est déjà la guerre, mais une lutte qui crée des inférieurs (et toujours plus inférieurs), engendre une société où beaucoup de gens sont écrasés, détruits… Je dirais plutôt en faveur de la sagesse dans son sens le plus fort, qu’elle est non pas de cheminer dans le juste milieu…plus exactement de marcher sur un chemin de crête flanqué d’un abîme de chaque côté".

Anne-Flore Urielle

1 (Philosophe, Professeur à l’Institut Protestant de Théologie, Paris)


Catégorie : ARTICLES - REFLEXION
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