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Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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"PHÈDRE", quelle scénographie ? 1

 Sans oublier l’origine liturgique grecque du théâtre, l’espace, le jeu, les costumes, la lumière, le son, la manière de régler les effets sont soumis aux hypothèses ou aux dogmes  du metteur en scène sur l’œuvre. Quant à la scénographie, son réemploi contemporain souligne un travail d’invention conceptuel d’une sphère qu’on a décidé de revivifier. Pourquoi, dans ce qui devient parfois un véritable mælström, racine1.jpgl’essentiel, LE TEXTE, semble secondaire ? Or, les tragédies de Racine représentent la quintessence de notre patrimoine culturel tout en posant des questions véritablement appropriées à l’actualité. Certes, pour les besoins de la fiction allégorique, le héros racinien, haï des dieux et déterminé par son hérédité, n’est pas libre et pourtant il se débat comme s’il l’était. Là réside toute cette humanité qui nous émeut. S’il subit son destin, comme nous, il se révolte, assez lucide pour se juger l’artisan de son propre malheur. Racine peint des femmes et des hommes écartelés par le combat de la chair et de l’esprit, procès sans cesse recommencé, fascinant dans son clair-obscur. (1)

PHÈDRE, la passion brûlante dans toute sa splendeur : au gré des péripéties, déchirée, elle fluctue tantôt éperdue tantôt consciente, quêtant l’ombre pour enfouir sa faute et la lumière de son aïeul, le Soleil. Amour incestueux pour son beau-fils, Hippolyte, Phèdre proteste contre Vénus, "toute entière à sa proie attachée", (cherche-t-elle la pitié ?). Comment conquérir le cœur rebelle du jeune homme ou résister à la dévouée, Œnone qui déploiera l’intrigue fatale ? Pour Racine "Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout àphedre-de-racine-mise-en-scene-renaud-marie-leblanc.jpg fait innocente".Il note la tragédie « Hippolyte porte couronne »du poète grec Euripide (484-406 av J-C). Sénèque, philosophe et poète romain du premier siècle après J.-C., écrivit une Phèdre dans laquelle il introduit le fameux récit de Théramène. Donc ample marge pour toutes les interprétations possibles.

La Troupe Royale créa LE chef-d’œuvre de Racine, Phèdre, en l’Hôtel de Bourgogne, avec LA CHAMPMESLÉ, maîtresse de Racine - au point qu’il fut soupçonné de sa mort prématurée en pleine AFFAIRE DES POISONS. Inspiré par cette actrice sublime qu’il avait lui-même formée, jusqu’à l’enseignement de la déclamation "vers par vers". Au XVIIIe siècle, LA CLAIRON se partage entre les deux sentiments "Dans tout ce qui tient aux remords, une diction simple, des accents nobles et doux, des larmes abondantes, une physionomie profondément douloureuse ; et dans tout ce qui tient à l’amour, l’espèce d’ivresse, de délire que peut offrir une somnambule conservant dans les bras du sommeil le souvenir du feu qui la consume en veillant". Au XIXe siècle RACHEL éclipsera ses collègues. Selon Théophile Gautier,"quand elle s’est avancée, pâle comme son propre fantôme, les yeux rougis dans son masque de marbre, les bras dénoués et morts, le corps inerte sous les belles draperies à plis droits, il nous a semblé voir, non pas Mlle Rachel, mais bien Phèdre elle-même".Cela marqua, non seulement le jeu mais aussi l’esthétique du costume… En 1873, triomphe de SARAH BERNHARDT aux côtés de Mounet-Sully en Hippolyte, évoquée par Proust dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, ainsi que la description du jeu de la Berma. Vint l’ère des metteurs en scène au XXe siècle : des rénovateurs tels que Copeau ou Jouvet trop inhibés pour s’y hasarder, la première lecture personnelle de Phèdre eut lieu en 1939 : Gaston Baty. Une chrétienne pécheresse, interprétée par MARGUERITE JAMOIS, très intériorisée, aux antipodes de la violence sensuelle traditionnelle. À la 395610Capturer.jpgComédie-Française, en 1942, Jean-Louis Barrault sur les instances de MARIE BELL : approche objective refusant la tragédie janséniste au profit d’une accentuation sur la sexualité. Plastiquement, le spectacle est marqué par le luxe du décor de Jean Hugo qui restitue une Grèce primitive crétoise. Stylisation, encore, de la diction et du geste. Vision de chef d’orchestre qui ne veut pas minorer les autres personnages - assez contradictoire, car l’épure bute sur le naturalisme, met en relief la lascivité de Phèdre et la virilité d’Hippolyte (Jacques Dacqmine). Avis de J. Cocteau : "Cette grande race morte n’est autre que celle des tragédiennes ; aujourd’hui la frimousse remplace le visage, le naturel la transcendance des sentiments…L’admirable, chez Marie Belle, c’est qu’elle ne semble jouer qu’en se jouant, alors que sa bouche hausse la moindre syllabe jusqu’au relief d’une phrase ou d’un geste…c’est toujours la tragédie assise sur son trône rouge et or, le vrai théâtre qui triomphe, sans oublier les feux du lustre que Baudelaire préférait au spectacle". Après Jean Vilar, 1957, décevant, « archaïsme » d’Antoine Bourseiller et celle « démente » de Michel Hermon… En 1959, Jean Meyer, conçoit une mise en scène archéologique, (sinon vétuste) dans le goût de l’époque de Louis XIV. Ce décor unique devait servir à monter toutes les tragédies de Racine à la Comédie-Française afin d’en réduire les coûts. La critique et le public en furent vite lassés. Nouvelle QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES ! En 1975, le travail d’ANTOINE VITEZ, magnifie toutes les possibilités rythmiques et musicales du texte.

1995 j’assiste (Comédie Française) à la mise en scène d’ANNE DELBÉE, avec Martine Chevallier et les costumes d’un faste suprêmement exquis de Christian Lacroix. [A. Delbée donne des cours sur Racine à Berkeley aux USA et a écrit une biographie, Une femme, Camille Claudel]. Je goûte la majesté rayonnante du Grand Siècle alliée à l’audace désinvolte d’attitudes d’un modernisme brûlant : au cours de l’extraordinaire aveu de Phèdre à Hyppolite, sorte d’effervescence voluptueuse – la recherche, l’esquisse d’un flirt évasif et équivoque. Magnificence et érotisme ! Pourquoi pas ? On peut tout se permettre quand on respecte la noblesse de la tragédie ! La poésie racinienne se lie à au modernisme malgré son cérémoniel. Racine majore la violence, la plainte, la mélancolie, exaltées avec goût et délicatesse, au cœur cette hauteur indécise et incisive, si profondes et douloureuses dans leur personnification subtilement élevée. Malheureusement l’ensemble aussi brillant et envoûtant de ces gracieusetés est éclipsé par inadéquation de la personnalité de l’actrice au rôle-titre. S’il n’y a plus de catégories, elle reste, avec sa voix chétive, trop en deçà du chef-d’œuvre en dépit du cramoisi flamboyant de sa robe. Non qu’il faille enfermer ce rôle sous une étiquette, on attend, toutefois, de Phèdre cette précieuse présence à la fois frémissante et prégnante. Très regrettable dans cet apparat éblouissant.  

(1) [On trouvera dans « Poésie » un sujet sur Racine]

Antoine Fignes


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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