Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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Georges  BRAQUE (1882-1963)

 "Ce peintre est angélique. Il a enseigné aux hommes et aux autres peintres l’usage esthétique de formes si 570b6aa7059070f9d7d410854661c051.jpginconnues que quelques poètes seuls les avaient soupçonnées" Guillaume APOLLINAIRE."C’est l’artiste qui doit nourrir la peinture de sa chair, de son esprit, quasiment jusqu’à ce qu’il en perde connaissance, qu’il en perde de son sang profond. S’engager jusqu’au péril dans la voie de la fidélité totale. L’art est une blessure qui devient lumière." G. Braque. Tout est dit ! Et l’on est bouleversé devant la fabuleuse inspiration évolutive de ce travail magnifié grâce à l’exposition du Grand Palais. En effet "C’est une œuvre peu loquace, secrète mais en métamorphose constante" selon Brigitte Leal commissaire de l’exposition.

Braque commence par le fauvisme. Quittant les brumes de l’Escaut versbraque-georges-05.jpg l’éblouissement méditerranéen, il passe de l’ébauche à l’évidence, "C’est dans le midi que j’ai senti toute mon exaltation… La peinture fauve m’avait impressionné par ce qu’elle avait de nouveau…C’était une peinture très enthousiaste et elle convenait à mon âge, j’avais 23 ans". Justement, Braque ne cédera pas aux excès de la couleur comme une fin en soi aux dépends de la construction: la volonté d’une organisation géométrique l’incite à s’en extraire : "Quand les objets fragmentés sont apparus dans ma peinture vers 1909 c’était une manière de m’approcher le plus près de l’objet dans la mesure où la peinture me l’a permis… Le morcellement me sert à créer l’espace et le mouvement dans l’espace". Segmenter les formes et les couleurs, les fractionner avec soin et pousser ainsi l’exploration du sujet pour en découvrir les potentialités plastiques inédites. Et la couleur d’ocre et de gris ou de vert et de bleu sert d’éclairage à cet espace. Rencontre capitale avec PICASSO qui les met tous deux en route, sous la houlette de leur maître CEZANNE, vers le cubisme : "Nous avions des échanges quotidiens, nous braque2.jpgdiscutions, nous éprouvions l’un et l’autre les idées qui nous venaient, nous comparions nos œuvres respectives" (Braque). Malgré leur différence de caractère ! Le taureau espagnol créant sans discontinuer et sans réfléchir pour buffler son monde, se répand en portraits ou autoportraits et couvert de femmes à l’opposé de Braque plus intellectuel (on la surnommé un peintre pour intellectuel), aux bords de la métaphysique et surtout dans une discrétion austère (sagement marié). "Il exprime une beauté pleine de tendresse et la nacre de ses tableaux irise notre entendement" (Apollinaire). Ainsi l’amateur d’art peut se sentir agressé par Picasso tandis que Braque l’invite, avec douceur, à la réflexion. Ce peintre pour intellectuels eut un autre ami cher, Pierre REVERDY. Tous deux partagent le refus d’une création fondée sur l’émotion: "Le germe de l’œuvre est l’éclosion" (Braque) "C’est là que se découvre le lien le plus sensible, le plus ténu et le plus souple de cet art plastique avec la poésie" (Reverdy). Braque le premier de cordée d’avec Picasso insuffle les papiers collés, c’est à dire l'introduction de matières allogènes au tableau, lettres et papier journal, cartons, tapisseries… "C’était en somme pour moi le moyen d’être de plus en plus loin d’une peinture idéaliste et de plus en plus prés de la représentation des89909024_p.jpg choses que je cherchais".

LA PEMIERE GUERRE MONDIALE interrompt cette effusion créatrice. Braque est trépané, comme Apollinaire… Au retour il s’enfoncera encore plus dans le silence et l’amitié des poètes de son temps – jusqu’à PRÉVERT, son voisin à Varengeville. Maintenant, le cubisme dépassé, sa peinture s’éparpille en séries (Cheminées, Canéphores, ateliers, chaises, billards…) "Je travaille toujours sur plusieurs toiles à la fois. Je mets des années pour les terminer mais je les regarde tous les jours…je les confronte. Je travaille tantôt sur l’une tantôt sur l’autre au gré du souvenir… Je trouve qu’il faut travailler lentement. Celui qui regarde la toile refait le même chemin que l’artiste et comme c’est le chemin qui compte plus que la chose, on est plus intéressé par le parcours". En fait, pour Braque c’est toujours la perpétuelle poursuite d’une recherche vers un inédit sans cesse renouvelé, non par artifice mais par une sorte de besoin conceptuel. De nombreux inspirations et thèmes habitent simultanément ses toilent "Le contraste des matières joue autant que le contraste des couleurs. Je profite de toutes les différences" Avec cette étonnante conclusion "Un tableau est fini quand l’idée s’efface". Il rejoint l’axiome de Mallarmé "Ce n’est pas avec des idées que l’on fait des vers, c’est avec des mots". Le poète et le peintre révélateurs des secrets du monde ? Au regard de ces œuvres, chaque tableau est effectivement une révélation ! Il n’hésitera pas "perdre l’habitude de la peinture" pour se lancer dans la sculpture selon le mot d’Apollinaire "une pierre m’émeut autant qu’un visage". Comme La femme et le chariot ou La tête de cheval ce seront des bronzes à la superficie granitée symbole de la réalité crue de l’argile naturelle. Les entailles en creux épurent les éléments morphologiques. Car Braque affirme l’archaïsme de la Grèce primitive comme dans son illustration des Théogonies d’Hésiode. A l’encontre d’une époque qui rêve d’académisme – 6a01157246cc69970b0168e98ebf16970c-200pi.jpgd’ailleurs le peintre se tiendra bien à l’écart du régime de Vichy !

Et le frémissement  de la silhouette de l’oiseau commence à apparaître "J’ai été hanté par l’espace et le mouvement, l’oiseau qui relie la terre au ciel appelle à l’élévation". Qualifiés de succincts par Saint-John Perse – sorte de testament qui questionne encore la peinture, car ses oiseaux ont plus de couleurs que de plumes entre les vides et les pleins, "Il me faut enfouir dans ma mémoire leur fonction naturellepaintings.jpg d’oiseau. Le concept, même après le choc de l’inspiration qui les a fait se lever dans mon esprit, ce concept doit s’efforcer, s’abolir pour mieux dire, pour me rapprocher de ce qui me préoccupe essentiellement : la construction du fait pictural". Ces oiseaux lui apportent la célébrité : selon le vœu d’André MALRAUX ils décoreront le plafond de la salle Henri II du Louvre où se trouvent les Étrusques - sinon Braque était trop modeste pour s’imposer à ses grands aînés) ! Malheureusement cette célébrité offerte d’en haut ne touche guère le grand public à part les poètes ou les jeunes peintres comme NICOLAS DE STAËL… On se réfèrera à Jean PAULHAN "les tableaux modernes se trouvent à notre disposition. Ils sont nos compagnons. Ils sont nos voisins. Il nous faut vivre avec eux si obscurs qu’ils soient ou absurdes. Et nous épuisons nos efforts à les comprendre. Et que nous font-ils donc entendre qui ne se laisse pas dire ? La question vaut au moins d’être posée". Laissons-nous donc interroger par Braque à travers ce génie qui explora et approfondit son art sa vie durant avec humilité. Lui-même ne répond ni aux interpellations et encore moins aux controverses car ce mystère tient de la transcendance sinon de la spiritualité…

Anne-Flore Urielle


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