Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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« Les choses sont nombres » Pythagore

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La poésie de RACINE

Racine face cachée de « La Princesse de Clèves » ? Racine qui d’un coup de baguette magique transforme par « Plaire et toucher » (Préface de « Bérénice ») la Tragédie du XVIIème siècle, et ses fameuses trois unités : temps, lieu et action - dénotant une toute autre idée du BEAU !
Andromaque1.jpgVérité artistique = poésie ?
 
Au-delà de la « bienséance », (la crédibilité),  l’authenticité de la tragédie racinienne tient aux spécificité d’un personnage ou aux coutumes d’un peuple. Ambiance singulière : Racine déclenche sa pièce à l’instant précis où le brasier, jusque là réprimé, éclate. C’est la crise : Pyrrhus aime Andromaque depuis longtemps, Hermione « pleure en secret le mépris de ses charmes », Oreste « traîne de mers en mers sa chaîne et ses ennuis.
La création « chargée de peu de matière », (intériorisée), se dénoue au cours de la pièce. Et ce dénouement, après un court « suspend », apparaît d’autant plus vrai qu’il est « tiré du fond même de la pièce »(préface d’ "Iphigénie »). Il passe par la mort, sauf dans
« Bérénice » : « Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l’action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »(Préface)

Innovation de l’atmosphère racinienne : 
  - Tragédie de palais sinon familiale : Néron s’affirme en assassinant son frère adoptif Britannicus…
   -  Majesté des héros qui revêt la somptueuse mêlée humaine face à la fatalité, selon le raffinement de l’époque.
   - Pourtant, cette langue si rigoureuse n’en est pas moins mélodieuse : Péguy releva le mot « cruel » comme un mot clé :
« Eh bien régnez, cruel ! » s’écrie Bérénice à Titus…
    -  Enfin la sublime nostalgie d’une chimérique félicité : dévotion d’Andromaque pour son époux Hector ; Phèdre quiRacine.jpg s'apitoie sur elle-même :

« …Hélas ! du crime affreux dont la honte me suit
« Jamais mon triste cœur n’a recueilli le fruit… ».

Autre plainte élégiaque :

« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »

Les personnages raciniens rêvent de tendresse tandis que la malédiction les accule à la férocité. 
Ainsi, Racine se sert de la passion amoureuse - mais aussi de l’ambition (Athalie, Agrippine) ou l’amour maternel (Andromaque, Clytemnestre) - essence de la tragédie - pour en réverbérer l’irrésistible lyrisme.
Le tableau de cette passion est l’ardente clef de voûte du poème théâtral. Amour éperdu, sensuel, ineffable, de PHÈDRE par exemple – « fille de Minos  et de Pasiphaé » envers son beau-fils Hyppolite :

« Je le vis, je rougis, je palis à sa vue ;
« Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
« Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
« Je sentis tout mon corps et transir et brûler. »

rachel_o_connell.jpgConsciente de ses torts, certes, elle revendique la fatalité :

« C’est Vénus toute entière à sa proie attachée… » 

Malgré cette lucidité, lors de la fallacieuse rumeur de la morts de Thésée, Phèdre se flattera encore après son aveu à Hyppolite :

« C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé .
« J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
« Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
« De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
« Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins… »
« …J’ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur,
« Et l’espoir, malgré moi s’est glissé dans mon cœur… ».
« Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. »

Racine plonge en totalité dans l’atrocité dramatique et, comme les Grecs, il métamorphose l’horreur en beauté :

- Visions épiques : tirade de Mithridate sublimant les spéculations politiques ou stratégiques pour un triomphe: « Jamais on ne vaincra le Romains que dans Rome… » (Acte III, s 1). Andromaque évoque la prise de Troie par les Grecs :
« Songe, songe, Céphise à cette nuit cruelle
« Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle… »
(III,8).
     -  Chœurs bibliques : ceux d’ « Athalie ». Ainsi le troisième : la trêve de la prophétie de Joad :
    « D’un cœur qui t’aime,
« Mon Dieu, qui peut troubler la paix ?
« Il cherche en tout ta volonté suprême,
 « Et ne se cherche jamais… » (III, 8)
   - Tragédie poétique : si Racine enserre les affres de l’adversité sanguinaire, le lyrisme travestit le pathos de l’inexorable sauvagerie, leitmotiv phosphorescent la détresse de « Phèdre » qui s’est suicidée après la mort dramatique d’Hippolyte :

« Déjà je ne vois plus qu’à travers un nuage
« Et le ciel et l’époux que ma présence outrage ;
« Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,
« Rend au jour qu’ils souillaient toute sa pureté. ».

Le chant métamorphose la tragédie
Sorte de clair-obscur, le thème de la lumière enflamme la pureté d’Hippolyte : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » qui défie l’équivoque inclinaison de Phèdre. Elle-même avoue :
« J’ai conçu pour mon crime une juste terreur :
« J’ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur.
« Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire… ».

Quant à Oreste, il sombre dans les ténèbres de la folie :
« …Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?… » qui montre à quel degré de véhémence peut atteindre la poésie tragique de Racine.
Et cela pose immédiatement la question : quel acteur aujourd’hui est capable de « chanter » le vers de Racine ? aujourd’hui où l’on « revisite » tout, quitte à donner dans l’immondice ? aujourd’hui où, sous prétexte que métro attend le spectateur, on prend le train même à la Comédie Française (on se demande si les acteurs savent ce que veut dire « articuler » s'autorisant à « moderniser »)… Et pire encore au cinéma ou à la télévision !

« …Dans un mois, dans un an,, comment souffrirons-nous
Seigneur que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence, et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice… »

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - POESIE
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