Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
ARTICLES
CITATION

  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

Préférences

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
Captcha reload
Recopier le code :


  Nombre de membres 40 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
Recherche
Recherche
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://www.abrulepourpoint.fr/data/fr-articles.xml

" LES TROIS MOUSQUETAIRES" :
arrêtez le massacre !

mousquetaireG.gifIl semble incongru, voire futile, en ces jours tempétueux où la précarité submerge tant de gens, de s’attacher à l’imaginaire romanesque…
Or, comment ne pas s'insurger devant l’exploitation, une fois de plus par les américains, d’un chef-d’œuvre de la littérature universelle : « Les Trois Mousquetaires » d’Alexandre Dumas truffé d’artificieux truquages non seulement anachroniques mais superfétatoires qui falsifient tout ! Quand le public se lassera-t-il de ces traquenards ?
   
On aime ou on n’aime pas « Les Trois Mousquetaires ». Mais quand on aime c’est le coup de foudreLes3Mousquetaires.jpg de l’adolescence dont on raffolera toute sa vie ! 1844, parution en feuilleton qui révolutionna la France entière ! Certains envisagent chacun des quatre  comme un aspect de Dumas lui-même : D’Artagnan, (le seul dont la véracité est sûre) l’habileté, le provincial monté à Paris pour faire carrière ; Athos, le rêve aristocratique du petit-fils du marquis Antoine-Alexandre Davy de la Pailleterie ; Aramis, le goût pour les sociétés secrètes; quant à Porthos c’est le gigantisme incarné, qui, comme son père général sous Napoléon, avait besoin de pantagruéliques repas pour nourrir ses presque deux mètres ! Les dérogations de Dumas avec l’Histoire font partie du jeu : il fallait un « méchant », l’homme rouge, le Cardinal de Richelieu et des gentils, nos héros et leur protecteur Monsieur de Tréville…
La ferveur pour « Les Trois Mousquetaires » paraît éternelle : apothéose du roman historique dans lequel s’introduisent les exploits de cape et d'épée. Dans ce contexte fin XVIème, début XVIIème siècle, le duel était, chez les nobles, la maque d’une indépendance méprisant des édits royaux (pour diminuer les morts). Période pendant laquelle la royauté s’affermissait peu à peu (Henri IV). Cette témérité rehaussait leur pérennité armoriale ! Le lieu de prédilection des duellistes parisiens était le célèbre Pré aux clercs, rive gauche, face au Louvre, cela n’excluait pas les batailles boutefeu et provocatrices, dans les rues de la capitale.
Avec « Les Trois Mousquetaires », Dumas et Maquet triomphent en se singularisant : un roman qui se base sur l’Histoire (révisée) et donne ses lettres de noblesse aux exploits à travers la cape et l'épée. Le chevaleresque D’Artagnan inédit protagoniste pragmatique gascon désargenté, assez proche de « Don Quichotte », fine lame, Porthos le crâneur, Aramis si ambigu, Athos l’alcoolique ténébreux. Les mousquetaires ne sont pas des héros accomplis comme Raoul de Bragelonne, ces défaillances révèlent le dynamisme littéraire essentiel qui attirera les foules.
Et Dumas fut imité par Théophile Gautier, « Le Capitaine Fracasse » (1863) ou Edmond Rostand, « Cyrano de Bergerac » (1897)…
Par quel sortilège maléfique la belle devise des « Les Trois Mousquetaires »  : « Un pour tous et tous pour un » fut-elle tournée en ridicule au cinéma ? Les adaptations sont réduites aux gags qui brocardent l’escrime et toutes les subtilités du récit escamotées pour allécher parents et enfants de concert ! La pétulante grandeur d’âme et la distinction captieuse supplantées par le burlesque ? André Hunebelle (1953) exploita le caquet de Bourvil en Planchet (valet de D’Artagnan). En 1961 Bernard Borderie plus conséquent, s’attelle à deux épisodes pour couvrir l’œuvre : « Les Ferrets de la reine » et « La Vengeance de Milady ». Georges Descrières  (Athos) et Jacques Toja (Aramis) tous deux de la Comédie Française. D'Artagnan interprété par un jeune « espoir » (vite volatilisé) Gérard Barray. Daniel Sorano (Richelieu), Françoise Christophe (Anne d'Autriche) et Guy Tréjan (Louis XIII) tiennent leur rang. Mais le témoignage de Mylène Demongeot (Milady) donne une autre perspective : « … Pourquoi s’obstiner à faire autre chose que ce qui a été écrit par un merveilleux feuilletoniste ? Personne ou presque ne peut rien faire mieux que lui. Toutes les adaptations seront toujours moins fortes, moins visuelles, moins impétueuses, moins érotiques que l’original… » En effet, ici le fameux Planchet est notre cocasse Jean Carmet national ! [Notons les cascades si bien réglées par Claude Carliez et ses équipes].
Paradoxe mirobolant, Randall Wallace écrivain, réalisateur et producteur américain a pressenti, lui, qu’on se fourvoyaitMasqueFer.jpg dans ces bouffonneries. Zélateur de Dumas, il connaît la suite des « Trois Mousquetaires », « Vingt ans Après » et « Le Vicomte de Bragelonne » : épingle dans ce dernier la célèbre digression sur le Masque de Fer pour le filmer : « L’Homme au masque de fer » (1998). Là on de veut sérieux, sinon austère. D’ailleurs les Mousquetaires sont plus âgés. On promène une stratégie acérée : Leonardo Dicaprio en Louis XIV et son soi-disant jumeau (Razzie Award du « pire couple à l'écran »), Jeremy Irons (Aramis), John Malkovich (Athos), Gérard Depardieu (Porthos), Gabriel Byrne (D'Artagnan) ! On se transporte au Château de Vaux-le-Vicomte en guise de Versailles - dont la construction n'a commencé que plus tard ! D'Artagnan amant d'Anne d'Autriche et père de Louis XiV ! Marie-Thérèse d’Espagne, épouse du roi et Mazarin disparus ! Et pour fabriquer une fin euphorique on bâtit, à la hâte, un Louis XIV apportant la prospérité à son peuple ! Soyons bon public, pour une fois, malgré ces ahurissants accrocs, seul parait respecté un vestige de souffle épique.
C’est pourquoi mieux vaut mille fois LIRE les livres de Dumas pour en recueillir, page par page, l’exaltante créativité ! Ainsi l’imagination fleurit et s’intensifie cultivant notre réflexion : esprit critique quant aux altérations de l’Histoire mais délectation romanesque à la fois poétique et extravagante. Enfin l’énergie de cette sève : ce panache qui enflamme l’émerveillement !
Et l’immortalité des « Trois Mousquetaires », le « Un pour tous ! Tous pour un ! » déferle en dehors même des belles-lettres. En 1980, André Roussin apostrophe l'Académie Française pour souligner le mythe de l’amitié entre les hommes le mettant en parallèle avec la Résistance : ces jeunes gens, morts cruellement. S’ils n’ont pas livré le nom de leurs compagnons de réseau - peut-être avaient-ils lu à douze ans « Les Trois Mousquetaires » et en respectaient-ils la clef de la fraternité sacrée. ?

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - CINEMA
Page lue 94753 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !