Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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« Nombreuses sont les merveilles du monde,
Romilly.jpg« Mais la plus grande des merveilles reste l’homme.
« A travers la mer blanchissante,
« Il court, le vent en poupe,
« Il va sur les vagues gonflées
« Dont le bruit l’environne.
« Et la divinité qui ne cède à personne,…
« …Et le langage et la pensée ailée,
« Et l’esprit poli des cités,
« Il a appris à les connaître… ».
« Chant de l’homme » de SOPHOCLE

JACQUELINE de ROMILLY

ou l’art de verser des larmes de crocodile
Le décès d’une personnalité soulève des dithyrambes bien éphémères…
Jacqueline de Romilly, (mariée Jacqueline Worms de Romilly de) née David en 1913 et morte en 2010. Philologue, écrivain, professeur et helléniste, académicienne, première femmeTemple.jpg professeur au Collège de France, reçut l’honneur de la nationalité grecque. Thucydide fut le sujet de sa thèse doctorale…1992, elle fonde l'Association de Sauvegarde des Enseignements Littéraires (S.E.L.) : « Avoir été juive sous l'Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d'un bout à l'autre, celle que je souhaitais. »

Quelques miettes de « Dans le Jardin des mots », 2007, (chroniques parues dans les quotidiens)… à quoi bon cette complication à l’heure de la communication elliptique sinon par acronyque ?
« Et, de même que nous avons des monuments de style ancien …, de même il est assez beau de penser que notre vocabulaire français marque ainsi de façon visible ses lointaines origines … ».

« N’en rajoutez pas ! » : « … l’emploi de formules toutes faites fondé sur l’exagération. C’est ainsi que pour l’apprécier vaguement on dira qu’on adore. Et, il est connu que, de même, quelque chose qui n’est pas sot sera appelé génial, même quand on est très loin du génie. … Et les jeunes ne disent-ils pas volontiers qu’ils ont craqué, c’est à dire qu’ils ont perdu tout contrôle d’eux-mêmes, alors qu’il s’agit de l’achat d’un chemisier ou d’une paire de souliers. Ce sont les mêmes qui tous les soirs souhaiteraient s’éclater…. Car je constate que dans les romans actuels on passe souvent, par de-là les mots, au CRI… Je ne suis sûre que la violence dont nous souffrons ne se situe pas dans le prolongement ces habitudes. … On cite souvent comme exemple du style du XVIIème siècle, la formule employée dans « Le Cid »(Corneille) : « Va, je ne te hais point ! » adressée par Chimène à celui qu’elle aime… ».
On imagine la stupeur de Jacqueline de Romilly : conseils des logiciels d’orthographe de nos ordinateurs, « évitez le passé simple ». « La première différence visible est que le passé simple est surtout employé dans la langue écrite et le passé dans la langue orale …il mourut en 1420 mais il est mort dans mes bras… la différence n’est pas très grande mais l’élégance d’une langue repose précisément dans ces nuances délicates … « Ainsi vous renouerez avec toute la littérature française et même ces grâces des formes désuètes qui parfois chantent encore dans nos mémoires, Racine :

« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée,
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée… » (Phèdre)

 « Langue et communication » :
« … Je sais bien que les ados (puisqu’il faut ainsi les appeler) aiment à se créer entre eux un langage secret... Mais ce jeu, auquel bien des générations ont joué, ne saurait s’étendre à la vie en société. Il faut bien alors avoir affaire aux autres : la correction de la grammaire et le respect des nuances de sens entre les mots y contribuent… »
Baudelaire:
« Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir »
Quelle aubaine d’apprendre, peut-être un mot nouveau !

« Le rayonnement secret des mots » « J’aime la clarté des mots et j’aime que l’étymologie leur donne cette transparence dans laquelle se sens se détache nettement…». Exemple, le « narcisse ». Qui se rappelle que Narcisse, héros de la Mythologie grecque fut transformé en fleur à force de se contempler dans l’eau ? …

Quant aux « Demi-mots » !
Inventaire à la Prévert - sans oublier le « verlan » ! :
métro(politain),
stylo(graphe),
prof(esseur),
philo(sophie),
bac(calauréat),
télé(vision),
ciné(matographe),
radio(graphie),
polio(myélite),
psy(chanalyste),
foot(ball),
assos(ciation) …etc.
« Ce procédé me rappelle « Le Malade imaginaire » (Molière), quand Toinette, déguisée en médecin donne ses fameux conseils :
- « Que diantre faites-vous de ce bras-là que je me ferais couper tout à l’heure si j’étais que de vous ! »…
« N’encouragez pas l’entrée de tous ces mots estropiés dans notre langue. La pression est forte ; mais il faut faire un tri et prendre la force d’aller jusqu’au bout des mots ».
Chère Madame de Romilly vous seriez épouvantée si vous écoutiez aujourd’hui France Culture !
       « …Un vers m’a toujours touchée :

« Le ciel n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. »
      (Racine, Phèdre)
     Or un jour pour s’amuser Marcel Proust envoya un télégramme qui sautait les petits mots :
« Ciel pas plus pur que fond cœur. ».
L’exemple montre bien que ces petites omissions ruinent un vers, il suggère aussi comment elles défigurent de proche en proche la langue française.
                    C’est bien elle que nous abîmons par ces abréviations… nous devrions aimer que la langue française échappe aux démarches boitillantes et au sourire édenté.
Si l’on s’y exerçait un jour pour voir ? »
De cet amour fou des mots de Jacqueline de Romilly il n’y a qu’un pas vers la poésie :quel avenir sans poésie ?

  « Des violons De l’automne
 Blessent mon cœur
D’une langueur Monotone ». ...Verlaine

Éloge Par le professeur Denis Knoepfler« … On ne saurait pourtant dissimuler que, malgré la foi qui continuait à l’animer, Jacqueline de Romilly manifesta, en ses dernières années, une réelle inquiétude sur la transmission et la permanence de l’héritage hellénique dans le monde d’aujourd’hui. Rien ne le montre mieux que son livre paru au printemps 2010, « La grandeur de l’homme au siècle de Périclès ». Elle y dit certes sa reconnaissance pour tout ce qu’elle a elle-même pu retirer du contact quotidien avec les Anciens mais aussi sa souffrance de « voir aujourd’hui se répandre une tendance à s’en désintéresser », alors que, du fait de la crise actuelle, aucune époque, ajoute-t-elle, « n’a eu autant besoin de notre littérature grecque, du talent qu’ont eu les auteurs pour nous offrir cet exemple de réussite, et pour s’émouvoir de diverses façons de toutes les merveilles que représente l’existence humaine en dépit des difficultés et des catastrophes »…

Anne-Flore Urielle


Catégorie : ARTICLES - POESIE
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