Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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« Les choses sont nombres » Pythagore

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SATIRE et Compagnie

Sous le mot « déclinisme » substantif difforme – que l’on croit très à la mode – se cache une notion vielle comme le monde : l’idée d’une « décadence ». En fait dissimulation de relents fascistes et racistes ambiants : les humanistes authentiques n’ont pas besoin d’un tel paravent !

Aristophane.jpgIl existe un contrepoison efficace: LA SATIRE, critique ironique ou facétie permettant le recul nécessaire pour ramener à de justes proportions sinon annihiler la violence aveugle par le rire. Les premiers modèles sont dans l’Antiquité. Le grec ÉSOPE : fables sous forme de blague invention de l'anti-héros, qui se joue de tout par son habileté qui deviendra le faible plus malin que le fort. La Fontaine l’avoue : « Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troupe de qui l'histoire, encore que mensongère, contient des vérités qui servent de leçons… ». Les pièces d’ARISTOPHANE (vers 450–445 / 385 av. Jésus-Christ) : apogée de dialogues caustiques, (mêlés aux chœurs). Concordance du fond et de la forme qui apporte de précieux aperçus sur les mœurs athéniennes à la fin du Ve siècle av. Jésus-Christ … et nos grands « comiques » - à commencer par Molière – ne s’en inspirent-ils pas ? Si à Rome à LUCILIUS parodiait les séances du sénat, HORACE excelle dans « causeries » (sermones) où il polémique sur la société, l’éthiques et la littérature - évitant la satire politique au début de l’Empire. SÉNÈQUE émaille sa morale philosophique d’anecdotes sarcastiques. L’agressivité culmine chez JUVÉNAL : sorte de bile qui s'attaque tous ses vices… Coluche.jpg

Et tout au long des siècles il ne manque pas d’auteurs satiriques (plus ou moins ouvertement) de Rabelais à Érasme pour aboutir à VOLTAIRE et bien d’autres…  Quant notre époque, elle fourmille en récitals « comiques »  transcendent allègrement le conformisme et la censure : Devos, Coluche, Bedos Déproges, exemplaires !
Mais se souvient-on de « LA COUR » rédigé par André Ribaud :Roger Fressoz, alias André Ribaud, (1921-99), ancien directeur du « Canard enchaîné », à partir de 1960, un. Illustrée par Roland Moisan, qui dessinait des décors versaillais et des courtisans à perruque sur la présidence du général de Gaulle…

« Le Roi est un grand homme de six pieds quatre pouces qui avait passé septante ans, gris avec peu de cheveu, mais beaucoup de nez et énorme, creusé de rides, raviné de sillons, qui s’était augmenté considérablement avec l’âge. Long, il avait été assez maigre avent qu’assez de gros se mit à son estomac jusqu’à lui faire la taille épaisse et for tombée. La majesté de son air, qu’il voulait suprême en toutes circonstances, en eut été affaissée et abaissée, sous l’habit militaire qu’il se portait de piquait dans les conjonctures les plus cérémonielles, s’il n’eût soin de procurer le remède par une ruse légale et singulière. Dans les tout premiers jours de son second règne, il avait fait publier par Guillaumat, lors son secrétaire d’État de la Guerre, un règlement général prescrivant le retranchement du ceinturon de la garde-robe des officiers afin de n’avoir plus à s’incommoder lui-même d’un objet qui démasquait et tout ensemble opprimait l’excès de son embonpoint… ».
Le Premier Ministre de Charles de Gaulle : « M. de Bré, qu'on appelait ordinairement M. le-Prince-qui-nous-gouverne, était un homme d'une taille médiocre, assez boudin de figure, l'œil enfoncé, la mine basse, le cheveu noir, fort garçon d'ordre, avec une sorte de raideur, pour qui des riens continuellement étaient des hydres, le propos moral et sentencieux, l'air plein de sévérité et à se faire craindre des plus humbles à proportion qu'il était lui-même plus bas devant le Roi (...) Il n'était au vrai qu'un cheval d'aucune race, prompt à tous les attelages, à être bâté de toute charge, à hâler n'importe quoi jusqu'à bout d'échine pourvu que le Roi, mais le Roi seul, lui fit sentir rudement le bridon et le fouet. M. le Prince était né sujet »

LaCour.jpgMagnifique pastiche, peut-être inattendu, des Mémoires de SAINT-SIMON (1675-1755). [L’historien lui-même peut faire son miel, avec prudence, de ses piques verbalisant les détails de circonstances évanouies]. Saint-Simon, frustré de ne pas jouer le rôle politique digne de sa « grandeur » et réduit à observer – partial et sarcastique dans les limites de l’élégance courtisane - les dernières décennies de Louis XIV – sorte de revanche  parsemée de saillies hargneuses ! Caractère de Louis XIV : « Ce fut un prince à qui on ne peut refuser beaucoup de bon, même de grand, en qui on ne peut méconnaître plus de petit et de mauvais, duquel il n’est pas possible de discerner ce qui était de lui ou emprunté, et dans l’un et dans l’autre rien de plus rare que des écrivains qui en aient été bien informés, rien de plus difficile à rencontrer que des gens qui l’aient connu par eux-mêmes et par expérience, et capables d’en écrire, en même temps assez maîtres d’eux-mêmes pour en parler sans haine ou sans flatterie, de n’en rien dire que dicté par la vérité nue en bien et en mal… ». « Pour tout le reste du monde c’était une cour anéantie, accoutumée à toute sorte de joug, et à se surpasser les uns les autres en flatteries et en bassesses. »
Racine : « Malheureusement pour lui, il était sujet à des distractions fort grandes. Il arriva qu'un soir qu'il était entre le Roi et Mme de Maintenon, chez elle, la conversation tomba sur les théâtres de Paris. Après avoir épuisé l'opéra, on tomba sur la comédie. Le Roi s'informa des pièces et des acteurs, et demanda à Racine pourquoi, à ce qu'il entendait dire, la comédie était si fort tombée de ce qu'il l'avait vue autrefois. Racine lui en donna plusieurs raisons, et conclut par celle qui, à son avis, y avait le plus de part, qui était que, faute d'auteurs et de bonnes pièces nouvelles, les comédiens en donnaient d'anciennes, et, entre autres, ces pièces de Scarron qui ne valaient rien et qui rebutaient tout le monde. À ce mot la pauvre veuve (Mme de Montespan) rougit, non pas de la réputation du cul-de-jatte attaquée, mais d'entendre prononcer son nom, et devant le successeur. Le Roi s'embarrassa ; le silence qui se fit tout d'un coup réveilla le malheureux Racine, qui sentit le puits dans lequel sa funeste distraction le venait de précipiter. Il demeura le plus confondu des trois, sans plus oser lever les yeux ni ouvrir la bouche. Ce silence ne laissa pas de durer plus que quelques moments, tant la surprise fut dure et profonde. La fin fut que le Roi renvoya Racine, disant qu'il allait travailler. »

Antoine Fignes


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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