Texte à méditer :  
« Ce toit tranquille, où marchent les colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
…Le vent se lève ! il faut tenter de vivre !... »
Paul VALERY  « Le cimetière marin »
  
 
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  « Nous avons eu ici, ma fille, les plus beaux jours du monde jusqu'à la veille  de Noël..." Mme de Sévigné

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CORRESPONDANCE

Pendant les vacances (pour les chanceux) la carte postale se remet à circuler. Avec l’avance frétillante des courriels et autres SMS, hormis ces cartes, (et vœux ponctuels), les « vraies lettres » d’autrefois (XXème siècle) ne vont-elles pas disparaître ? Les billets électroniques (même sur Facebook), secs, sinon illusoires, se révèlent incomparables avec une lettre manuscrite: de moi à toi (ou vous) style enjolivé ; au-delà des « petits riens » fusent la délectation ou la dépression – c'est-à-dire LA VIE à travers les affinités électives intellectuelles, esthétiques, culinaires etc. Ce délicieux manuscrit, qu’on tient à main… un cadeau  qu’on aura le plaisir de relire ! Authentique genre littéraire la correspondance éclaire la création d’un écrivain ou d’une célébrité. Nous avons le bonheur que Madame de Sévigné, Voltaire ou Flaubert n’aient pas échangé par courriels : tant de précieuses précisions perdues ! Même les hommes politiques y succombent : n’avons-nous pas AN7cdr.jpgreçu quelque lettre avant de voter ?...

Marie de Rabutin-Chantal, baronne de Sévigné, dite marquise de Sévigné, (1626-1696) ! Dans cette vaste famille noble elle est coincée entre : Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Rabutin de Chantal (1572-1641) fondatrice de l'Ordre de la Visitation avec François de Sales, canonisée par l’Église Catholique Romaine en 1767.Et un « libertin » Roger de Rabutin, comte de Bussy, dit Bussy-Rabutin, (1618-1693). Pétulant panache, brave à la guerre (aux côtés du prince de Condé), fougueux et par-dessus tout une verve pétillante. Son « Histoire amoureuse des Gaules » ludique, à clés, (inspiré de Pétrone) prodigue d’un bel esprit mondain. Mythologie galante dans laquelle les héros affublés de pseudonymes sophistiqués n’en sont pas moins reconnaissables. Mais  ces opuscules destinés à un cercle restreint coururent jusqu’aux oreilles de Louis XIV : le Roi Soleil semblait posséder toutes les qualités excepté le sens de l’humour et la tolérance. Bussy fut embastillé un laps de temps et banni de la cour… Quant à la marquise de Sévigné, elle n’évita pas ses saillies : « Au reste, ma chère cousine,… si enfin vous me trouviez un peu fade, nous trouverons assez de gens qui méritent des coups de patte sans nous en donner l’un à l’autre. »

 La marquise de Sévigné,  tôt orpheline, fut élevée dans le saint des saint de l’époque : le Marais, (place des Vosges) - où régnait, entre autre, Scarron et son épouse la future Madame de Maintenon - en son hôtel (Musée Carnavalet). Puis le cercle de Nicolas Fouquet à qui elle renoncera adroitement ; amie de La Fontaine, Molière, Mme de Lafayette (« La Princesse de Clèves)… et, enfin, admise à la cour ! Mariée au marquis de Sévigné fort dragueur (Ninon de Lenclos). En 1651 il est tué lors d’un duel pour les beaux yeux d’une de ses maîtresses. Veuve très courtisée, la marquise se consacra à ses enfants : son fils Charles (aussi coureur et dépensier que son père) et sa fille Françoise comtesse de Grignan qui dut suivre son mari nommé lieutenant général en Provence. Cette séparation engendra les fameuses « LETTRES ».        
Double intérêt pour nous : elle nous renseigne sur les célébrités fréquentées, les évènements de l’époque et sa propre intimité : on vit tout cela auprès d’elle avec son exaltation ! Spontanéité, 321311924.jpggrâce du regard : vus ou imaginés ses tableaux toujours inimitables, jusqu’à l’impressionnisme, « ma plume va comme une étourdie » ; preste, chaleureuse impétueuse, la correspondance devient une conversation savoureuse. On notera son sens poétique du paysage, rare chez ses contemporains, ainsi sur le mois d’avril : « Que pensez-vous donc que soit la couleur des arbres depuis huit jours ? répondez. Vous allez dire : « Du vert ». Point du tout, c’est du rouge. Ce sont de petits boutons, tout prêts à partir qui font un vrai rouge ; et puis ils poussent tous une petite feuille et comme c’est inégalement, cela fait un mélange trop joli de vert et de rouge. Nous couvons tout cela des yeux… »

Dominée par son amour maternel : « Je me suis mise à vous écrire au bout de cette petite allée sombre que vous aimez, assise sur ce siège de mousse où je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu, où ne vous ai-je point vue ici ? et de quelle façon toutes ces pensées me traversent-elles le coeur ? Il n'y a point d'endroit, …qui ne me fasse souvenir… et me perce le coeur… j'ai beau tourner, j'ai beau chercher, cette chère enfant que j'aime avec tant de passion est à deux cents lieues de moi ; je ne l'ai plus. Je ne sais en quelle disposition vous serez en lisant cette lettre. …Elle sert toujours à me soulager présentement ; c'est tout ce que je lui demande. »

La gazette de la cour : la représentation de « ESTHER » par les demoiselles de Saint-Cyr (établissement fondé par Mme de Maintenon) : « Le Roi vint vers nos places, il s’adressa à moi : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente. » Moi, sans m’étonner, je répondis : « Sire je suis charmée, ce que je sens est au-dessus des paroles. » Le Roi me dit : « Racine a bien de l’esprit. » je lui dit : « …ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi… » Il me dit : « Ah ! pour cela il est vrai. » Et puis sa majesté s’en alla, et il me laissa objet de l’envie… car j’étais en fortune. »  

La mort de Turenne : "A Paris, mercredi 31 juillet (1675) A Monsieur de Grignan. C'est à vous que je m'adresse, mon cher Comte, pour vous écrire une des plus fâcheuses pertes qui pût arriver à la France ; c'est la mort de M. de Turenne (...). Cette nouvelle arriva lundi à Versailles. Le Roi en a été affligé, comme on doit l'être, de la perte du plus grand capitaine et du plus honnête homme du monde. Toute la cour fut en larmes… On était prêt d'aller se divertir à Fontainebleau ; tout a été rompu. Jamais un homme n'a été regretté si sincèrement. Tout ce quartier où il a logé, et tout Paris, et tout le peuple était dans le trouble et dans l'émotion ; chacun parlait et s'attroupait pour regretter ce héros.… C'est après trois mois d'une conduite toute miraculeuse et que les gens du métier ne se lassent point d'admirer qu'arrive le dernier jour de sa gloire et de sa vie. »
LA nouvelle : "Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n'est-il pas juste ; …Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-là : je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? M. de Lauzun épouse dimanche, au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix ; je vous le donne en cent… avec la permission du Roi, Mademoiselle, Mademoiselle de ? Devinez le nom : la grande Mademoiselle ; Mademoiselle, fille de feu Monsieur ; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV ; Mademoiselle, cousine germaine du Roi… Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous pensez que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous… "

 A vos plumes !  Delphine Desange


Catégorie : ARTICLES - LITTERATURE
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